Le Jour de la pierre — poème de Kismet de Phocée

Introduction

Le Jour de la pierre est un cycle de fragments attribués à Kismet de Phocée. La tradition rienesque y voit le témoignage le plus ancien sur la découverte du Magnus Nihil par Stylus Gragerfis, vers 670 av. J.-C., en Crète. Dans certains manuscrits, un fragment supplémentaire est mentionné entre VIII et IX. Aucun exemplaire n’en conserve le texte.

Le Jour de la pierre


I

Le jour était calme ;
la pierre reposait tranquille.
Stylus ne parlait pas.

II

D’abord je crus
qu’il regardait le soleil.
Mais il ne s’émerveillait pas comme d’habitude.
Son regard était tourné vers l’intérieur.

III

Il toucha le cercle
comme on touche un ami.
Non comme on touche un dieu.

IV


Il dit :
Il n’y a ici aucun maître.
Et moi je sentis
que quelque chose en lui se déliait.

V

J’eus un peu peur.
Quand les hommes ne craignent plus les dieux
ils deviennent soit tyrans
soit libres.

VI

Lui devint doux.
Donc libre.

VII

Il s’assit près de la pierre
comme on s’assied près d’un feu.
Elle ne brûlait pas ;
elle réchauffait.

VIII

Il me dit :
Rien n’a besoin d’être ajouté
Je compris
qu’il ne chercherait plus tant de discours.

IX

Dès lors sa parole
ne fut plus lourde.
Elle devint brève et claire.
Comme le cercle.

X

Les autres voulaient expliquer.
Lui voulait vivre.

XI

Si l’on me demande
comment naquit le Grand Rien,
je dis :
il naquit quand un homme
cessa de contraindre le monde.

XII

La pierre était un cercle.
Mais moi, j’ai vu un homme
devenir simple.


Les fragments ci-dessus figureront dans la sélection Fragments du Jardin aux pommes gourmandes, tirée du Nihil est Omnia.

La tradition mentionne parfois un fragment supplémentaire aujourd’hui perdu. Les commentateurs n’ont jamais réussi à en établir le contenu.

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