Petraoneia, que les fragments attribués à Stylus Gragerfis mentionnent déjà comme une cité impériale du Grand Rien, désigne un lieu dont la nature exacte demeure incertaine. Il ne s’agit pas tant d’une ville au sens plein que d’un point de passage où se rassemblaient, sans ordre stable, des textes et des pratiques liés au Magnus Nihil.
Les témoignages les plus anciens — notamment ceux relatifs aux traversées de Gragerfis entre Ios, Sidon et Byblos — laissent entendre que Petraoneia était accessible par voie maritime légère, souvent à bord de ces embarcations que la tradition postérieure nommera felouques. L’accent y est mis non sur l’arrivée, mais sur le passage lui-même.
La bibliothèque dite de Petraoneia n’est attestée que par des sources indirectes. Aucun catalogue antique ne nous est parvenu, et les mentions ultérieures décrivent moins une collection ordonnée qu’un ensemble de feuillets, de rouleaux et de fragments circulant entre les mains de lecteurs anonymes. Les textes qui lui sont attribués présentent une instabilité notable : variations de titres, duplications partielles, gloses marginales parfois intégrées au corps du texte.
Cette plasticité a conduit certains commentateurs à douter de l’existence même d’une bibliothèque constituée, préférant y voir un espace de transmission ouvert, sans centre ni autorité. Sir Edmond Galop affirme avoir consulté une copie tardive d’un inventaire partiel, aujourd’hui perdu, où figuraient plusieurs titres liés au cycle gragerfissien, dont Περὶ τοῦ Μεγάλου Μηδενός et divers fragments relatifs à l’homme des cavernes.
Dans la tradition rienesque, Petraoneia demeure ainsi une hypothèse persistante : celle d’un lieu où les textes ne se conservent qu’à condition de se transformer, et où la bibliothèque elle-même ne tient que par l’intervalle qui la traverse.