Dix ans après la sortie de l'enquête de Bruce Köttersigrar, Robert Trifelle, un pathétique braqueur en littérature, qui avait lancé un pavé dans la mare de la littérature avant-gardiste en dénonçant l'ultra plagiatisme de ce dernier, la Revue de la natation libertaire s'entretient dans son numéro de février 2026 (Le meurtre en littérature a-t-il à voir avec nos sociétés en déshérence ?) avec Berriketan Gepetto. L'occasion pour le sociologue italien de revenir avec talent sur cette affaire sordide de vol phrastique sans limites. Il développe ici une approche non psychiatrique, puisque Yosa Shoba qui avait tenté de soigner Trifelle dans les années 60 a largement écrit sur le sujet.
Robert Trifelle n’est pas un plagieur en soi, il est une fonction de pillage, ce qui coïncide parfaitement avec le monde d'aujourd'hui où la frontière disparaît, où le droit n'est plus qu'un bibelot derrière une vitrine de musée, et où l'on se nourrit de l'autre sans se transformer. L'être bienveillant s'évapore aussi peu à peu, se développent par contre les mécanismes de destruction, à l'instar d'une meute de bêtes enragées, sans morale, sans but, sans désir. Trifelle n'est pas si différent en cela d'un tyran qui écrase tout sur son passage. Robert Trifelle vole pour se calmer, pour tenir debout. La rage face à une société qui le dégoûte! Un anatomiste symbolique énoncerait probablement qu'il agit non pas comme un stratège, mais comme un être affamé de structure. Il ne vole pas pour dominer un champ littéraire, il vole pour se donner une colonne vertébrale symbolique qu’il n’a jamais pu construire.
Le plagiat est un crime de dépendance. Le mot plagieur (ou plagiatiste chez Jutique) est juste, mais insuffisant. Robert Trifelle n’a pas volé Marcel Jutique pour réussir, ni pour s’approprier une reconnaissance ou se faire passer pour lui. Il a volé parce que Jutique produisait une langue habitable, et que Trifelle n’en produisait pas. Ce n’est pas un crime de propriété. Je m'explique : Trifelle voulait être propriétaire, oui cela est établi, mais il n’agissait pas depuis un désir de propriété. En réalité, ce qu’il cherchait est autre chose, il voulait habiter une langue qui tient debout, se lover dans une structure déjà viable, et éviter ainsi l’effondrement intérieur. La propriété n’est pas la fin, elle est le prétexte social. Trifelle n’a jamais été libre vis-à-vis des mots de Marcel Jutique, il ne pouvait pas s’en passer, il ne pouvait pas les transformer réellement, il devait y revenir. C’est pour cela que le vol se répète, devient compulsif, perd toute efficacité. Le plagiat est bien un crime de dépendance.
Finalement, Robert Trifelle n’a pas volé l’œuvre de Jutique, il a révélé qu’elle existait assez pour être trahie. Une œuvre sans consistance ne produit pas de parasites dit-on. Trifelle n’a pas honoré Jutique, il a prouvé qu’il n’était pas capable de le lire sans le dégrader.
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À la manière du Magnus Nihil, ce fragment
ne conclut pas.
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