L'ineffable homme des cavernes, façonneur du granit et grand mangeur de fruits rouges

L'ineffable homme des cavernes! Excepté le jardin aux pommes gourmandes où professait le maître Stylus Gragerfis au VIe siècle av. J.-C., nulle part en Méditerranée où le citoyen aurait pu en écouter l'éloge. Voilà pour l'Antique! Heureusement que le Nihil est Omnia sauvé de l'oubli par Théasar du Jin a survécu à la mort de Gragerfis et que quelques gredins de type réglo gragerfissiens ou dujiniens ont tenu bon à leur tour. Mais au fil des siècles tous nos chers théoriciens du Grand Rien (et du cavernicole), malgré des ouvrages de qualité supérieure, et hormis la poésie qui avance à mots couverts échappant ainsi à la censure, ont été escamotés par l'Histoire officielle, méprisés, bannis quand ce ne fut pas dézingués.

Quand accroupi dans la grotte dédiée à son art il a creusé dans le granit le cercle fameux (Ô Magnus Nihil!), l'ineffable homme des cavernes a fait sauter à la fois toutes les superstitions et le triple barrage de la peur. Autrement dit, face à un monde aux contours étranges, il a pensé Je suis ce que je veux être puis Il n'y a rien de plus merveilleux que le Rien.

Naissance du Rien. C'était il y a très longtemps, quand l'ineffable homme des cavernes, et son petit panier rempli de cerises sauvages, était le maître du temps qui passe. (Marcel Jutique in L'Encensoir Kilométrique du Rien)

L'ineffable homme des cavernes n'est pas mort pour autant, son œuvre étant glorifiée par des esprits forts :  Lux homini ex elementis in antro data écrit par Kitus Excedere a ainsi circulé dans les cercles dévoués dès l'apparition d'une dizaine de copies manuscrites en 27. Tibule Criptu avec Nudum antrum (411) et Oskar Érinthe avec Au soir, vers minuit, autour d'un feu. Histoire des origines (vers 1270) ont protégé le feu à leur tour.

Le temps a passé, des centaines d'années, et le Grand Tout a durci sa loi. À la Renaissance, le pas balourd et la dégaine hirsute du cavernicole n'en ont pas plus fait une coqueluche des salons, et les ontologies occidentales et orientales qui sont apparues alors l'ont placé dans une geôle encore plus immonde. Don Lichouze de la Selva a toutefois résisté à la censure avec Une histoire approfondie du Nihil, de l'ineffable grotte aux îlots perdus (vers 1640) comme Louise Temeris en 1770 avec L'appel des vapeurs dans les grottes profondes de l'âme.

Il faut regretter que les Modernes aient donné au vocable Nihilisme une noirceur épouvantable, l'associant à ce qui se fait de pire, afin de nous asséner que la folie meurtrière des bigots est toujours juste tandis que ne croire en rien serait un crime à lui tout seul. Terrible lettre de cachet qui vaudra le cachot à un humaniste du Rien quand le boucher sanguinaire armé par la foi sera encensé au nom de théologies primitives. Belle inversion conceptuelle.

La défense de l'homme des cavernes, dans sa subtile ineffabilité, comme le primus inter pares du Grand Rien, n'a jamais cessé, les disciples ne manquant jamais pour protéger sa mémoire au sein de sociétés morveuses. Si l'on veut bien se référer à la Bibliographie non argumentée du Nihilisme triomphant de Sir Edmond Galop, force est de constater que la littérature bien qu'éparse et rare est là en effet et témoigne d'une dynamique qui n'a jamais faibli. La fin du XIXe siècle a même marqué un tournant avec Guenièvre Ferguelutte qui célèbre sans se cacher le cavernicole  dans son essai La jouissance en la caverne (1837). Elle se plaît à décrire avec tendresse ces moments inespérés où il a creusé dans le Magnus Nihil un simple cercle d'une rondeur parfaite à l'aide de son biface en quartzite et pensé Je suis ce que je veux être puis Il n'y a rien de plus merveilleux que le Rien

Henry Degluti nous offre en 1915 An inner geography of the caveman and his exquisite proposals, qui s'appuie sur un corpus ontologique puissant, un an avant Le Droit pénal spécial et les commandements éclairés de l'ineffable homme des cavernes. Introduction au nouveau Registre thématique des législations réglos de William Bogre (juillet 1916). Marcel Jutique en 1931 déclame sa joie pure dans un recueil de poèmes simplement intitulé L'ineffable homme des cavernes.

La fin du XXe siècle intronise définitivement l'homme des cavernes. On citera plus particulièrement L'amour du Nihil chez l'ineffable homme des cavernes. Une typologie ordonnée de la bienveillance (André Fermal, 1977) qui nous confirme combien le Rien est une force motrice du Cosmos qui véhicule un amour désintéressé. Également à lire : Le succulent ceviche de poisson blanc des gargotes liméniennes peut-il rivaliser avec la salade de nénuphars géants de l'ineffable homme des cavernes ? (Alexandre Bilame, p. 25 in Vieilles cuisines pour urbains, An Oriant novembre 1975) ; Les mains élégantes de l'ineffable homme des cavernes. Précis d'art graphique chez les grands ancêtres (Franz Peper, 1985) ; Le calendrier solaire de l'ineffable homme des cavernes (Franz Peper, 1994).

Les essais de Joris Kunal, L'homme des cavernes aimait son âtre. Considérations calorimétriques sur le Rien (2019), et de Flores Achouet, À l'intérieur de l'ineffable homme des cavernes (2021), illustrent à quel point l'homme des cavernes est aujourd'hui un modèle pour nos sociétés contemporaines en déshérence.

* * *

Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.

Magnus Nihil

Bibliothèque de Petraoneia

Petraoneia, que les fragments attribués à Stylus Gragerfis mentionnent déjà comme une cité impériale du Grand Rien, désigne un lieu dont la...