L'esprit démontant de la steppe de Qum le Fou ou le nihilisme au galop

Au plus fessu de leurs troufignons, sous une lune vernale, certains cavaliers mongols suivant l'exemple de Qum le Fou conservaient un exemplaire avachi de L'esprit démontant de la steppe alors qu'ils dévalaient avec leurs petits chevaux, lâchant les rênes, des champs glacés par les vieilles bourrasques blanches.

Cette approche au galop du nihilisme (triomphant parce que fidèle à la voie naturelle), pratique de l'élite certes minoritaire à la fin du XIIe siècle, nous a offert une trace légère, pellucide et presque décorative de ce que peut être le culte du Rien quand il marche à grands pas et met en mouvement les atomes en sueur d'augustes citoyens. Elle a par ailleurs grandement contribué à l'extension du Rien dans des contrées où la rareté du livre n'était pas alors un vain mot. Les troupeaux ont remplacé les bibliothèques. Les rênes la baguette de l'instituteur. Et les postérieurs, le mortier de l'alchimiste. Le cavalier mongol imprégné du doux miel du Qumisme a semé des graines gracieuses au delà de sa plaine natale, parcourant des contrées aux odeurs pénétrantes, donnant parfois aux femmes des nouvelles bien chaudes.

À l'Est, au Japon, dès le XVIe siècle, on a recensé plusieurs villages de paysans qui cultivaient le choux et le haricot azuki, un exemplaire de l’ouvrage clandestin de Qum le Fou calfeutré dans leur pantalon en laine. À l'Ouest au XIXe siècle, dans de petites communautés de pêcheurs installées à Étel, Loquirec et Douarnenez, l'intérieur des lits clos était tapissé de pages annotées de L'esprit démontant de la steppe. Le sommeil y était profond et onctueux, selon de rares témoignages. Et même aux Marquises puisque des archéologues ont retrouvé récemment dans la tombe du chef Iotete un exemplaire imbibé de lait de coco de L'esprit démontant de la steppe. Cavaliers sur la plage de Paul Gauguin (1899) serait, pense-t-on, une référence semi-souterraine à la pratique locale du Qumisme, la puissance de la vague ourlée soulignant pour l'artiste la volupté du Rien qui surgit dans un chatoiement sans cause de la nature.

Rédigé en 1184 par Qum le Fou, un lettré d'Avarga, L'esprit démontant de la steppe avait l'outrecuidance de vouloir expliquer le monde, et l'explication avait un pouvoir immense et un éclat vif brûlant. Le paterne babillage de mes viscères est comme une antique langue impénétrable, disait-il. Disciple averti du maître antique Stylus Gragerfis, Qum le Fou professait en effet que le Magnus Nihil avec son escorte d'atomes animés est la cause de tout, mais qu'avant de se mirer dans le Rien, de boire à son eau, il est nécessaire de s'être miré dans son propre intérieur.

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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil

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