Le Magnus Nihil. Primitive évocation du Rien, et quelle flamboyance liminaire, le Magnus Nihil est une pierre paléolithique en granit découverte au IIIe millénaire av. J.-C. dans un labyrinthe sableux à Loutro (Crète) par un ermite crasseux dont on a oublié le nom. Mais tout est parti de là en quelque sorte. Pierre dans laquelle l'ineffable homme des cavernes avait creusé un simple cercle d'une rondeur parfaite à l'aide de son biface en quartzite. C'est l'absence de toute autre figure à côté de cette évanescence nue qui a convaincu les archéologues de l'antiquité que l’œuvre ne pouvait être qu'un hommage au Rien dans l'esprit du cavernicole. Je n'y vois rien à redire. Le trait, exempt du fard et du grotesque dont les artistes ont souvent abusé, invite en effet à penser que son auteur s'adressait non pas à une divinité qu'il aurait craint mais à un ami présent en lui, en qui il avait confiance.
Au IIIe millénaire av. J.-C., il semble que les Crétois avaient choisi l'expression rustique το μεγάλο κυκλοτερής (la grande pierre). Stylus Gragerfis quant à lui faisait référence au caillou (τά ψῆφος). Qui ne s'est pas amusé par la suite à lui trouver un nom ? Marcel Jutique aimait saluer le rotond caillou. Plus que toute autre, l'œuvre de Gaston Delaize est un égrainage conceptuel autour du caillou, avec mille mots pour lui rendre hommage dont la célèbre roue du bonheur, le grain hirsute, ou le bloc ad hoc. Probablement en raison des fonctions officielles à Rome de Théasar du Jin (précepteur du petit Horace Invisibilis) et de sa fréquentation régulière des salons mondains de la péninsule, c'est l'expression latine Magnus Nihil qui est entrée dans l'histoire et nourrit aujourd'hui encore nos rêves.Dans la tradition gragerfissienne, le Magnus Nihil désigne d’abord une pierre ancienne creusée d’un cercle par l’ineffable homme des cavernes. Ce signe minimal, découvert bien plus tard par Stylus Gragerfis, fut interprété comme la première manifestation sensible du Grand Rien.
Par un glissement progressif dans les commentaires ultérieurs, l’expression en vint à désigner non seulement la pierre elle-même mais aussi la condition ontologique qu’elle semblait révéler : un état du monde où rien n’exige d’être rempli par des explications excessives.
Ainsi, dans la tradition du Jardin, le Magnus Nihil est à la fois une pierre, un geste et une idée. Les gragerfissiens les plus prudents rappellent toutefois que l’objet précéda la doctrine : avant d’être un concept, le Grand Rien fut simplement un cercle dans la pierre.
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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil
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