Dès le début de sa lumineuse épopée (Le Grand Rien et son compagnon de voyage le petit Rien - 1530), Mesmin de la Balettine rappelle qu'il ne suffit pas de croire au Rien, il faut pouvoir vivre chez lui, avec lui, dans la chaleur de sa cahute, sentir la bouffée d'air ambiant qui efface les horizons noirs et les idées malsaines. Bref, il faut bouger et y aller. Un baluchon, une pelle pour creuser un trou où dormir, un pot pour cuire la soupe et la route sera belle.
Il existe, écrit-il, dans l’océan une île nommée Rien. Elle dépasse en charme et en fertilité toutes les autres terres, mais elle est inconnue du commun des mortels. De temps en temps, on peut tomber sur elle par hasard. On dit que c’est ici qu’aborda Stylus Gragerfis avec sa barque et il veillerait depuis, unique sentinelle, sur la belle Pétaouchnoque et ses rivages légendaires, dispensant à ses voisins de formidables semailles ontologiques.
À vrai dire, explorer a toujours été la marque de fabrique des adorateurs du Grand Rien, depuis la barcasse de Gragerfis jusqu'à la fusée de Gilbert Double. Un jour, ils rendaient hommage au Rien dans une stance lyrique, un aphorisme claquant comme un vent d'ouest, le lendemain chaussés de bottines en peau de yack ils entamaient de longues marches en quête d'un ailleurs plus drolatique. Les longues pérégrinations vers une cité antique où jadis le Grand Rien organisait la vie de tous les jours se sont imposées naturellement.
Alphonse de La Criée a publié en 1849 un Guide pratique des antiques cités rienesques - Avec plans colorés en relief.
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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil.
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