La Suave Idée du Rien. Un cri primitif

La Suave Idée du Rien (1926). Livre enflammé, possédé presque, une boule de feu haletante où brûle un Rien désinvolte et parfumé a écrit Albert-Yasunari de Kilo dans la biographie qu'il a consacrée en 1996 à Marcel Jutique. Imprimé hors commerce, en édition originale privée, de très grand luxe et petit format, tiré à seulement une centaine d'exemplaires, La Suave Idée du Rien est le bâtiment amiral de l'écrivain, son cri primal en littérature. Court, ramassé, mais très coruscant, ce recueil d'à peine soixante-dix pages est l'un des chefs-d'œuvre de la littérature nihiliste. 

Dans la lueur de ces idiomes rougeoyants, dont l'hyper incandescent Le Grand Rien oscille, fier de sa personne, au royaume muet des os en décomposition, le lecteur est emporté derrière l'étoffe des mots qui annoncent la transformation de son existence dans un long voyage pareil à une nuit de lucioles. Au fil des pages, la sombre crépuscularité s'efface pour le réjouissant et relaxant Perché sur un cognassier-plateforme, je m’empiffre de phonèmes

L'ouvrage a fait l'admiration commune, entre autres, de William Henry Hudson (Cet homme qui vient d'écrire au milieu d'une steppe primitive a raison), Alfred Jarry (Vous savez mieux que moi la théorie de la liberté), Anjela Duval (Ces mélodies poignantes qui refusent le trépas), Salvador Dali (Le tremblement de pomme de terre qui dans un ciel de paille desséchée fait couler dans les crevasses de la société un jus écorché et la pilonne avec des choses frousse, des bouffées cycloniques, et la supplie de changer), René Crevel (Le joli remue-ménage d'idiomes imagés et de fulgurances échappés des doigts de Marcel Jutique) Joseph Conrad (Le nihilisme de l'élastique Jutique consiste à pouvoir toujours se placer dans les endroits où le Grand Tout n'a pas accès. Quel bon miel à la bonne bouche !)

En 1979, la sociologue Félicienne Targui constate que Marcel Jutique a tout donné dans la Suave Idée du Rien, opus vivant et libre, au point d'en perdre presque la raison. Était-il encore de ce monde quand il s'exclame avec fougue S’afficher dans la rue, ô folie douce, avec le regard d’agrumes désaxés des champs agricoles ? (in La révolution granulaire, pour un Rien écologique). L'intéressée ne cache pas son admiration et répète à l'envie que l'écrivain a renouvelé le genre aphoristique, faisant de l'idiome imagé la fiole aux genoux d'enfant, et s'impose ainsi comme le plus talentueux de sa génération.

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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil


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