À Postdam en 1613, assistant à l'autopsie du cadavre de son ami Konrad Rittershausen, traducteur d'Oppien, dit Oppien de Cilicie, l'astronome prussien Hermann von Trobben (1580-1651) énonce savamment le principe de l'unicité du Grand Rien. Il est un, unique et univoque. Son sillon est une longue ligne droite et nulle circonvolution hasardeuse, nul badigeon orbiculaire ne viennent en altérer la trajectoire. L'unicité ? D'où cela venait-il ? Personne n'avait osé, jusque-là, s'aventurer sur ce terrain scabreux. Stylus Gragerfis avait toujours professé que la théorie, cette machine sécante, nuit à la poésie, pure corbeille d'émotions. Et pourquoi cet empressement chez le Prussien, pourquoi tant de véhémence tandis qu'il contemple les viscères empuantis de son ami à l'âme évaporée ? Il est vrai que la somme poétique de Stylus Gragerfis, au lieu d'énoncer clairement les choses, avait semé le doute parmi les hommes nouveaux. Beaucoup, une majorité peut-être (les historiens sont partagés ici), ne voulaient pas raisonner ; le Rien ne pouvait qu'être unique, comme papa! Pulsation folle ? Naufrage psychiatrique ?
Dès l'antiquité, diverses voix non conformes avaient pourtant propagé l'idée dans les milieux académiques qu'on pouvait célébrer un autre Rien. Une branche autonome dite dichotomique, créée au IIe siècle, s'appuyant sur les travaux de Théasar du Jin qui a toujours défendu le principe d'une multiplicité des formes du Vide, connut un grand succès en Europe. Cette branche intrépide n'a jamais cessé de défendre un plan de la maison non domestiqué où des Riens torrentiels et polymorphes dévalent littéralement des quatre coins de l'espace et inondent sans compter. Zénon de Foraminis, Tibule Criptu, Nelson Macassar et Mesmin de la Balettine ont non seulement été les dignes héritiers de la pensée ubiquiste de Thésar du Jin, mais leurs écrits ont à leur tour subjugué les Modernes tels Mimosa Paizenert ou Mosagre Vuntic, et plus récemment encore Isidore Gabzule (Peter Jitudi in L'inextricable querelle de Postdam, 1939).
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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil
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