Marcel Jutique, né à Beyrouth en 1905, mort en 1989 à Étel, occupe une place de choix dans la littérature contemporaine pour son rôle crucial au sein du mouvement rienesque qui vivotait, il faut le bien reconnaître, au début du XXe siècle. On doit à ses deux ouvrages majeurs, La Suave Idée du Rien et L'Encensoir Kilométrique du Rien, d'avoir non seulement ravivé avec élégance la mémoire de Stylus Gragerfis et de Théasar du Jin mais d'avoir donné ses lettres de noblesse à un Rien revisité, et sans lequel la vie ne serait qu'une gélatine d’entourloupette. Son œuvre a ainsi contribué au vaste rafraîchissement conceptuel du credo nihiliste par sa fougue et ses songes prégnants.
Marcel Jutique a également écrit de nombreux essais philologiques et de sémantique dont l'ébouriffant Poliorcétique du Moi et sa catapulte nectarifère, charge politique de surcroît, et le non moins surchauffé L'idiome imagé est un conceptus inféré à lui tout seul ainsi qu'une vingtaine de recueils de poésie visionnaire (Une Forêt Rienesque de Murmures, La farce éminente, Apologie élogieuse de la cavurne, Je ris au laid, L'oiseau est parti, Alangui sur mon rouge sofa, Le strapontin intérieur, Légumes ontologiques, Le cognassier-plateforme et autres nounours, Les mamelons de la béatitude, Au plus fessu de leurs troufignons, Dans mon haricot azuki fictif, Le gerfaut grosso modo, Le voyant de la Panhard est allumé, L'huître et le goût du néant, ou encore Un dernier Haïku avant Sirius, un chef-d’œuvre d'une pureté ultra minimaliste, Une posture de reginglette, L'exténuant Harar est le fatum, L'ineffable homme des cavernes, La mer et les horizons zingibéracés, Le poêle à châtaignes du chaman, L'enfer de Lambayeque, Hamac et maquereaux, Clinfoc et trinquette sont sur un bateau, L'avoine transmutatrice jusqu'à la dernière goutte et Une litanie de cailloux).
Avec son célèbre aphorisme La vie est dans le mouvement, le désordre, faite d'un coulis de hasards, Jutique s'inscrivait de fait dans la droite ligne du nihilisme primitif pratiqué par l'ineffable homme des cavernes. Celui-ci aimait courir, bouger, animer son moi au milieu de steppes géantes. courant ultra majoritaire qui a très vite posé les fondamentaux du Rien, bien avant avant l'arrivée des sectateurs de tout poil.
Les dadaïstes qui ont immédiatement reconnu l'un des leurs ont tous salué l'auteur du précieux périsprit, perlimpimpin prismatique qui soulage les douleurs. Alfred E. Van Vogt a reconnu qu'une giclée phrastique est ici mille fois plus puissante que des milliers d'années de développement scientifique supérieur. Et dans son journal intime, mai 1966, Jorge Luis Borges s'exclame : Marcel, tu fascinación por la Gran Nada es dolorosamente hermosa. ¡Corruscante! ¡Maravillosamente divertido! Eres con diferencia uno de mis diadodicos satánicos favoritos de la literatura francesa. Peu avant son homicide de soi-même, Hunter S. Thompson crie lui aussi haut et fort son admiration dans une jolie adresse : Well Marcel, you gave me a hell of a slap, damn it! Ruffling! Powerful as a machine gun! Bozzo, gonzo, I really don’t know, but w ow! what a Ride!. Plus récemment, Salva du Béal a découvert chez Jutique une puissante sentimentalité qui fonde les qualités de cœur de tout un chacun.
Marcel Jutique est considéré aujourd'hui encore par certains spirites défroqués comme une possible réincarnation de Stylus Gragerfis, le Maître incontesté.
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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil
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