Le nihilisme de cabanon, une branche atrabilaire du Grand Rien

Considéré comme la branche atrabilaire du Grand Rien, le nihilisme de cabanon reposait à son origine sur l’idée déroutante qu’il vaut bien mieux rester coincé toute la journée (et toute la vie donc) dans un coin sans spatialité ou presque plutôt que d'explorer le dehors à la recherche de nectars. 

Augustus Testinus a semble-t-il été l'un de ses premiers thuriféraires bien qu'il n'évoque au départ ni cabanon, ni cabane mais une simple barque à toit voûté, retournée par ses soins et qui lui servait de maison près de la rivière Rotte dans l'Insula Batavorum. Ainsi, dans son Camara et Tranquillitas mundi (vers 344 av. J.-C.) Augustus Testinus qui enseignait le stoïcisme aux paysans du coin se félicite du confort offert par cette barque en pin, son petit abri, qu'il s'amuse à décrire comme l'espace de l'intime où le moi ne peut être ni approprié, ni emmerdé par la foule guindée. Devenu ermite dans un bois près de l'actuel village de Taarlo, il aménage une cellule matelassée dans son nouveau tuguriunculum (petite hutte), idéal pour goûter seul la beauté fragile du Rien, pour peu bien sûr qu'il soit parfaitement étanche au grand Tout. Il y passera le reste de sa vie.

De fait, et malgré le succès des cabanes depuis la plus haute antiquité, le nihilisme de barcasse renversée, dit cabanesque par la suite, a de tout temps été jugé spécieux par nombre de spécialistes et chercheurs. Cette doctrine n'est restée populaire jusqu'au début du 20e siècle que chez quelques écrivains et penseurs aigris ou hypocondriaques, et autres esprits chagrins bouffeurs de benzodiazépines. La mode du cabanon rienesque est tombée en désuétude à partir de la fin de la deuxième guerre mondiale et la discipline a quasiment disparu. On peut considérer Robert Trifelle comme un représentant obstiné du nihilisme de cabanon, lui qui passe toutes ses journées à ruminer dans son garage, une clé à molette à la main. 

Le courant nectarifère (La vie est dans le mouvement... blablabla de Marcel Jutique) aura donc toujours conservé son leadership chez les adorateurs du Rien et c'est heureux. Un mât d'artimon est une bien plus jolie promesse de vie qu'un bordélique cabanon au fond du jardin. Quant à la barcasse (non renversée), elle a pu aussi servir à Stylus Gragerfis pour rejoindre les rives de Pétaouchnoque. Tout est question de méthode.

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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil

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