Mentionné brièvement par Sir Edmond Galop dans sa Bibliographie non argumentée, le manuscrit intitulé Fondements d’une ontologie sans surplomb aurait circulé à Bruxelles dans les années 1860 parmi les cercles lecteurs de Stylus Gragerfis. Aucun exemplaire complet n’a été retrouvé. Les fragments ici proposés sont issus de notes marginales jointes aux Esquisses d’une Encyclopédie éclairante de l’antiquité gragerfissienne (1863) de Pimbert de Modrigue. Il s’agit moins d’un traité que d’un effort de clarification doctrinale à une époque où les grands systèmes philosophiques prétendaient enfermer le réel dans des architectures totales.
Pimbert de Modrigue commence par une thèse nette : Toute philosophie qui prétend expliquer le monde de l’extérieur est déjà une violence. Il vise explicitement l’idéalisme hégélien, le positivisme naissant, les théologies rationalisées. Pour lui, le problème est la position. Le surplomb est une posture. Se placer au-dessus du monde pour le totaliser — voilà le geste du Grand Tout.
Il refuse l’idée que le Rien soit négation. Il écrit : Le Rien gragerfissien n’est pas un néant, mais une abstention de surplomb. C’est capital. Le Rien n’est pas un contenu. Il est une manière d’être. Ne pas ajouter. Ne pas totaliser. Ne pas prétendre savoir ce que le monde doit être.
Dans un passage remarquable, l'essayiste anticipe une formule que Galop attribuera plus tard à Hans Schletchreis (1957) : Si Dieu existe, alors l’homme s’efface devant la Loi. Si Dieu n’existe pas, l’homme devient responsable sans excuse. Et il ajoute : Le nihilisme gragerfissien ne détruit pas la morale. Il la rend immanente. La morale ne vient plus d’en haut. Elle vient de la relation. Sans transcendance punitive, la responsabilité devient nue. Et donc plus exigeante.
Pimbert de Modrigue écrit à une époque d’États-nations naissants, d’industrialisation, d’idéologies sociales. Il note : Le système politique devient dangereux lorsqu’il se pense total. Il ne prône ni anarchie ni retrait. Il propose une cité modeste, une politique à taille humaine, une organisation sans absolutisation. Le Rien n’est pas antipolitique. Il est anti-totalisant.
Pimbert répond à l’objection classique : Le Rien conduirait au relativisme et à la dissolution. Il répond : Le fanatique est celui qui croit savoir. Le nihiliste gragerfissien est celui qui sait qu’il ne sait pas, et qui agit avec mesure. Là encore, il ne détruit pas la morale. Il détruit l’arrogance.
Passage central : Le monde ne nous doit rien. Et nous ne devons pas l’accuser de ne pas être autre. Aucune promesse d’au-delà. Aucune téléologie. Mais une confiance dans la capacité humaine, la relation, l’amitié transhistorique.
Pimbert, lucide, écrit : Le Rien sera toujours accusé de subversion. Non parce qu’il détruit. Mais parce qu’il ne sacralise rien. Ce passage est visionnaire. Il comprend que les systèmes ont besoin de sacralisation pour tenir. Le Rien ne sacralise pas. Donc il inquiète.
Le manuscrit se termine abruptement : L’ontologie gragerfissienne ne cherche pas à fonder. Elle cherche à empêcher les fondations de devenir prisons.
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