Il faisait soleil à Montparnasse et je relisais à voix haute Histoire et Utopie, assise près de mon bon Emil quand celui-ci qui me sembla enthousiaste et rouge d'émotion prit la parole sous la dalle radiante. Alors, vous voyez bien que j'avais tout dit ! Nos sociétés évoluées, masses amorphes... Et qui conspirent à l'avènement du despotisme... ne rêvant que d'un maître, amateur de pourriture! J'étais proprement sur le cul! Quel talent, quel brio, pensai-je en moi-même. Un cadavre alerte qui pense mille fois mieux que tous les boutiquiers du Grand Tout! Et puis Simone prit la parole à son tour : N'embête pas la petite dame, Emil! Elle est venue nous saluer et cela me fait du bien d'avoir une présence ici car les journées mornes sont longues et probablement infinies au fond. Je posai mon livre sur la dalle. L'air était doux, un petit pinson coloré qui venait d'atterrir sur mon genou gauche, encore meurtri après une chute en vélo place de la Bastille, chantonnait avec joie. Nous étions là comme quatre amis, conversant en liberté et loin du fracas. Simone m'offrit ce jour-là quelques secrets de cuisine dont j'use à volonté aujourd'hui pour impressionner à la maison. Sa tarte aux poireaux est incroyable.
Témoignage poignant d'Édith Follié in Le Grand Rien (collection Que sais-je, Presses Universitaires de France, 1998)
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Ce texte s’inscrit dans la tradition du Magnus Nihil
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